Sortez couverts

Une première fois, un soir, une équipe de la RATP monte dans le métro pour demander aux passagers de - bien - mettre leur masque. Ce sont des civils, hommes et femmes, avec des gilets vert clair. Ce sont les mêmes employés qui aident à ce que les portes se ferment sans que personne ne monte au dernier moment, à certaines heures, sur certaines lignes. Ils sont cordiaux, distribuent des "Bonsoir Monsieur, remontez votre masque s'il vous plaît", des "Madame, vous avez un masque ? Alors mettez-le s'il vous plaît". Il semblent à leur place, c'est peut-être une place étroite, mais tout de même bien utile. Ils font leur boulot tranquillement, suscitent la coopération plus que l'obéissance.


Une seconde fois, c'est très différent. Quatre malabars déguisés en robocop montent à Trocadéro comme s'ils étaient là pour désamorcer une bombe. Tout le monde sursaute, flippe. Ils ont l'air de chercher quelqu'un, matent partout, passent et repassent, l'air mauvais. Tout le monde paraît suspect. "Votre masque!" "Le masque!" Un jeune homme n'a pas de masque, ni sur le front, ni sur le menton, ni dans sa poche. L'un des policiers le repère tout de suite et lui tombe dessus ambiance pas joviale. Heureusement, une dame âgée et bien intentionnée s'empresse de sortir un carré de papier de son sac. "Je lui en donne, je lui en donne." Le jeune gusse ne joue pas les rebelles plus en avant et s'empresse de se masquer tout en continuant à regarder son portable, non sans avoir remercié la généreuse. Gageons qu'une prochaine fois, il n'hésitera pas à céder sa place à une vieille dame si l'occasion se présente à lui.


Une chance qu'il n'ait pas eu envie de jouer les fiers à bras dans ce contexte. Sûr que ça aurait dégénéré... Jusqu'où ?


Quoi qu'il en soit, ces hommes paraissent ne plus en pouvoir de leur frustration. Ils auraient voulu pouvoir en découdre, c'est clair. Mais pour quoi ? Quelques masques mal positionnés ? Que ne leur demande-t-on de canaliser les violence dans la ville - et dans le métro -, de faire diminuer le harcèlement de rue, le deal, les vols à la tire, les violences intrafamiliales ? Du boulot, ce n'est pas ce qui manque a priori. Au lieu de ça, ils sont envoyés dans le métro pour effrayer le chaland. Pas que le métro soit exempt de violence, loin de là, pas que le port du masque soit une cause à négliger non plus, mais tout ce branle-bas le combat, est-ce bien adapté ? Pour que les passagers mettent leur masque, est-il besoin d'être harnaché de la tête aux pieds et de se montrer si agressif ?


J'ai entendu que, quelque part aux États-Unis, dans une ville où les crimes étaient exponentiels, le maire avait décidé de désarmer "sa" police et de la former à des techniques de négociation et de médiation. Résultat : chute spectaculaire du nombre d'homicides - les policiers avaient, eux aussi, la gâchette facile.


Sans transition, mais toujours dans le métro, nous avons aussi la chance d'admirer la créativité de certains publicitaires déconfinés du braquemart. Ces génies, pour vanter la qualité de leurs capotes, n'ont rien trouvé de mieux qu'une photo de nana sortant plus ou moins d'un écran de portable pour lécher la barbe de son dulciné...

#vendeurderêve



Livres vus (ou lus) entre le 12 juin et le 28 juin :

Antoine RENAND L'empathie Leonatdo PADURA Adios Hemingway NIETZCHE Ainsi parlait Zarathoustra LOTI CERUTTI Le Marteau des sorcières Une bible

A force d'éviter de se tenir à la barre du métro par peur d'attraper des cochoncetés, il y a dû avoir des jambes cassées parmi les passagers de la ligne 1. Ainsi, une voix, qui n'est pas celle de Vivenne, prévient :

"Le freinage peut parfois être brusque. Tenez-vous à la barre. Elles sont désinfectées chaque jour par nos agents avec des produits antiviraux."

Que ce soit dit, ce n'est pas dans le métro que vous attraperez le corovanirus (ce mot, je le préfère à la mode dyslexique, il paraît plus inoffensif).

Colson WHITEHEAD Underground railroad Albert CAMUS La peste Joseph KESSEL Belle de jour

TOLSTOÏ Un coran John GRISHAM Les imposteurs Code de la route Guérilla Yasmina KHADRA A quoi rêvent les loups Mary HIGGINS CLARK Une bible Aimé CÉSAIRE Nègre je suis, nègre je resterai Les mille et une nuits Joël DICKER L'énigme, etc. John STEINBECK Françoise BOURDON À travers la nuit et le vent Michel BUSSI Jon Kalman STEFANSON Asta William KATZ Hannah ARENDT La crise dans la culture Luca di FULVIO Les prisonniers de la liberté (marque page expo Hans Hartung) Catherine KOUSMINE Sauvez votre corps Mireille CALMEL La fille des Templiers John BOYNE L'audacieux monsieur Swift


#sortezcouverts

#transportslittéraires


2 commentaires