Une pluie de blogs littéraires métropolitains in ze world


Cher Gilles,


Christine - ma petite agence de pub à moi - m'a transmis tes interrogations. Quels sont mes trucs ? Tu ne croiserais que des Elena FERRANTE mais, rassure-toi, moi aussi j'en "trouve" beaucoup ! Et si j'en crois ce qu'en disent ses lecteurs, ce n'est peut-être pas une mauvaise nouvelle, mais passons. Mes trucs, puisqu'il y en a, je vais te les livrer mais d'abord, les règles du jeu.  


- Tout d'abord, 1ère règle : je ne triche pas. Figure-toi que même si je le voulais, j'en suis incapable.

- Il est essentiel de passer pas mal de temps dans les transports, qu'on le veuille ou non. Sans vouloir raconter ma vie mais quand même, j'habite à 45 minutes de mon travail ; je me rends souvent à des réunions ou des formations à droite à gauche ; la plupart de mes proches vit de l'autre côté de la ville ou en dehors ; je n'ai pas tous les musées - ma sortie favorite - en bas de chez moi et je ne connais pas de moyen de transport plus pratique que le métro (essaye donc de lire ou de travailler sur un vélo et on en recause). Je n'ai pas de voiture et pas d'application de chauffeur mais m'autorise un taxi occasionnellement. A vue de nez, je dois passer une dizaine d'heures hebdomadaire à bord. C'est moins que d'autres. Pourtant, en l'écrivant, c'est presque aussi flippant qu'une phrase comme : "nous passons en moyenne 3 ans de notre vie aux toilettes"… où il est toujours possible de lire, remarque.

- Je m'interdis de parler aux lecteurs et lectrices que je rencontre même si j'en brûle parfois d'envie, en général quand je reconnais une édition que j'apprécie ou qui m'intrigue. Mais il s'agit plus de timidité (et flemme) qu'autre chose. Cette ultime règle pourrait donc très bien ne pas être suivie par un autre joueur.


Le cadre étant posé, je vais enfin te dévoiler - car je sens que tu n'en peux plus mais - mes quelques techniques. Libre à toi de t'en emparer pour te constituer une coquette liste.


- La première chose à faire consiste à trouver une place qui permette un regard panoramique, debout contre une porte (qui ne va pas s'ouvrir) étant l'idéal.

- La seconde est de ne pas hésiter à se déplacer, de préférence lors de la montée ou de la descente pour plus de discrétion. En quelques mètres, il est parfois possible de faire péter un score. 

- Ne pas oublier de jeter un coup d'œil aux wagons d'en face quand les deux métros (le tien et celui d'en face donc) sont à l'arrêt en même temps.

- Ne pas omettre non plus les lecteurs à quai.

- Comptabiliser ses propres lectures constitue certes un biais mais également une source de satisfaction ou de consolation. Si la semaine a été trop "pauvre" en découvertes, il reste au moins le plaisir d'avoir lu un bon livre et qu'il figure dans la liste.

- Ne pas hésiter non plus à aller fouiller dans son sac, faire semblant de refaire ses lacets ou autre geste inutile afin de changer de point de vue incognito voyageur. Plus proche du sol, il devient aisé de découvrir le titre d'un lecteur qui se trouve debout.

- Un truc qui n'est pas un truc mais un coup de bol : avoir une bonne vue est un facteur favorable. #presbytiepasencorelà Dans la catégorie visuelle, savoir lire à l'envers et/ou dans le reflet d'une fenêtre peut également s'avérer utile.

- Reconnaître toutes les langues et écritures serait une sorte de balle compte triple mais il n'y a pas d'autre choix que de faire avec les moyens du bord.


Comme tu peux voir, ce n'est pas si compliqué que ça.

En attendant ta liste, je t'adresse donc mes plus sincères encouragements et ma reconnaissance pour avoir accordé à mes acrobaties métropolitaines un peu de ton temps de lecture.


Bien à toi,


S.

PS : si toutefois tu désespères d'avoir déjà d'ores et déjà lu tous mes post, tu peux être rassuré car je viens de découvrir que le blog littéraire métropolitain est un grand classique anglosaxon. Tu trouveras toutes les informations nécessaires ci-dessous.


Alors ce serait ça ? Je serais dans la tendance… Le saviez-vous, le « filon » du blog littéraire métropolitain a déjà été tiré à Londres et ailleurs ! Ces sites ont des milliers de lecteurs – je peux toujours rêver. Il faut dire qu’ils sont moins artisanaux : photos des lecteurs en situation, interviews de célébrités en renfort.

https://www.instagram.com/subwaybookreview/?hl=fr


Une photographe, Audrey SIOURD a fait une exposition de lectrices du métro en mars 2017.

http://blog-villadesarts.jaywave.fr/2017/02/20/les-liseuses-de-bonne-aventure/


Un humoriste, Scott ROGOWSKY, produit des couvertures de livres aux titres très provocateurs que lui et ses acolytes font semblant de lire dans le métro new yorkais afin de susciter les réactions des autres passagers. Fun.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=117&v=2LyVVbhvStk


Un autre site est spécialisé dans les beaux mecs en action #entraindelire Ouais, c’est sexy de lire les mecs ! Surtout dans le métro, bien plus chaud qu’un chippendale en slip. Par contre, si t’es pas un « hot dude », ben on s’en fout de ce que tu lis !

https://www.instagram.com/hotdudesreading/?hl=fr


Ces informations sont tirées d'un article de l’express écrit par Marie-Odile BRIET. Merci bien M’dame.

https://www.lexpress.fr/culture/livre/lecture-dans-le-metro-quand-lire-nous-transporte_1892401.html


De mon côté, je ne me résous pas à interpeler les gens (cf. règle n°3), alors les photographier...


Pourtant, pourtant, je fais aussi mon petit marketing (là, je me fais auto-ricaner) puisque, cette semaine pour la première fois, j’ai osé déposer quelques petits flyers avec le nom du blog dessus (3 max, faut pas pousser avec le lobbying). Le plus probable est qu’ils finissent piétinés ou dans la poubelle du monsieur qui fera le ménage la nuit. Je pensais à lui en les laissant… Monsieur, j’espère que vous ne m’en voudrez pas !



Semaine du 11 au 17 février :


Le coq de Renato Caccioppoli

Nicolas MATHIEU Nos enfants après eux

Michel HOUELLEBECQ Sérotonine

Le mec qui fait la manche et qui ne cesse de répéter "bisous, bisous à vous" a l'air convaincu par ce qu'il dit.

Gund WAAL

J. M. COETZEE Disgrace (non, je n'ai pas oublié l'accent, le livre est en anglais)

User stories

3 Argentins parlent entre eux comme si personne d'autre au monde ne pouvait comprendre l'espagnol. Je ricane bêtement.

Cupidon a des ailes en carton (yo! Fallait quand même le trouver un titre pareil)

Patrick RAMBAUD Chronique d'une fin de règne

Révolutions russes au cinéma

Prières et saints du jour

Michel HOUELLEBECQ Sérotonine

Une tablette qui cause italien

NIETSCHE

Méthode assimil pour apprendre le cantonais

Légère comme un papillon

Peter BROOK L'espace vide (Pour celles et ceux qui ont suivi les épisodes précédents, on s'approche méchamment de BECKETT là!) #enattendantBeckettagain

Philippe DESCOLA Par-delà nature et culture

Un titre avec du clafoutis dedans

Peter MAY

Un spécialiste du bruxisme s'entend grincer des dents à 2 mètres.

... Henry Pick

Le boss de la liste en personne (enfin, pas vraiment en personne mais en livre), j'ai nommé ta ta ta :

Georges PEREC La disparition

La cinquième femme

Ira LEVIN Un bonheur insoutenable

Joseph CONRAD

Épilepsies (un livre d'études, pas un roman noir)

Bastien BRICOUT Manipuler, pourquoi et comment

Tout un programme... Je me demande si je n'ai pas déjà croisé ce chef d'œuvre de littérature alors qu'en 6 mois je n'ai jamais croisé un livre de Sylvia PLATH. #enattendantPlath

Harlan COBEN Faux rebond

Oscar WILDE L'importance d'être constant

Honorer la fureur (??)

Parents toxiques

M. C. BEATON Agatha Raisin L'enfer de l'amour

Avec mon pied, j'ai essayé d'empêcher un lecteur de passer quelques secondes pour savoir de quel auteur traduit de l'anglais était son livre de la petite bibliothèque Payot. Perdu ! #untrucquinemarchepas (sauf pour se faire un ennemi)

Les sept livres de l'archidoxe magique

Irvin YALOM Le problème Spinoza

Sur le quai, une femme me montre son portable "y'a pas de réseau ici?". Ni bonjour, ni merci, ni merde. Comme je suis une spécialiste du réseau pas bégueule, je peux lui répondre " non". Suite à quoi elle me repose la question, sûrement au cas où je change d'avis mais je change pas d'avis. "Faut sortir alors?" râle-t-elle. Elle me fatigue, je baragouine "je sais pas, oui". Sur ce, elle plonge son regard dans son téléphone "i' font chier!"

Jean GIONO Un roi sans divertissement

Le très jeune lecteur donne une pièce

3 personnes à la suite proposent une place à un monsieur qui s'évertue à refuser. J'ai l'impression qu'il va finir par se vexer. #çatombepasaubonmoment