Le maître d’œuvre


Quand il apparaît sur un quai, tous les regards se tournent vers lui. Chacun admire sa dextérité. Le public cherche à comprendre ses gestes mais ça va si vite.


D'abord plier la feuille dans un sens, passer la brosse avec la colle des 2 côtés, puis déplier pour replier avant de passer à nouveau la brosse pleine de gluant. Même de loin, ça poisse, mais ce n'est pas sale, c'est le spectacle !


Il monte sur l'escabeau (j'en ai déjà vu le monter à l'envers, pas sur les mains bien sûr mais la pointe des pieds vers l'extérieur, essayez de visualiser) et fait adhérer le papier plié à un endroit stratégique.


Il déplie tout en passant bien la brosse pour enlever l'air à chaque carré supplémentaire. Il passe et il repasse jusqu'à ce qu'en lieu et place d'un papier mouillé, apparaisse le bout d'un visage, un mot coupé, un paysage ou quelque chose à manger (tellement de pubs sur la bouffe).


Combien de temps dure la manœuvre entière ? Impossible à dire. Le public se renouvelle toutes les 3 ou 4 minutes. Parfois un enfant insiste pour laisser passer la rame et rester admirer le colleur d'affiche à son ouvrage. Et il arrive qu'il parvienne à convaincre son adulte attitré, fasciné lui aussi en vérité.


Parfois, avant de coller, notre homme - car je n'ai jamais vu que des hommes exercer ce métier - doit décoller. Un autre tour de piste. L'épaisseur et la rigidité de toutes ces couches d'affiches compactées réclament l'usage d'un outil (couteau ? ), de la dextérité et certainement de la force. Il gratte, il pousse, il doit passer en-dessous, atteindre la première couche de colle puis tirer avec l'autre main. Ça vient, ou ça se déchire, c'est selon. Parfois se forme un joli tableau.


Quand il a tout finit, il doit recommencer un peu plus loin. Il déplace son matériel : pile de papiers pliés seau de colle brosse escabeau plots délimitant son espace de travail. Maintenant, il va changer un visage de femme en barquette de fraises (d'origine française s'il vous plaît) ou l'annonce d'un concert en description d'une appli censée nous faciliter la vie.


J'aime le moment ou l'image du dessus n'a pas complètement recouvert celle du dessous. Ce qui donne des êtres mi-femme mi-barquette de fraises ou des paysages qui se fondent en livre. Car oui, il arrive - assez souvent même - que les affiches portent des noms d'auteurs.


Maintenant, une petite question : que se passera-t-il quand tous les cadres faits pour accueillir des affiches seront remplacés par des écrans ?


Rêvons que les colleurs d'affiches s'évertueront alors à perpétuer leur savoir-faire en collant leurs affiches en papier sur tous les écrans.

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Et pour une ode au colleur d'affiche en espagnol, voir la section poèmes 2019 où figure un texte de Roxana PAEZ #Brautiganproject

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Du 1er au 7 avril, il semblerait que j'aie un peu ralenti le rythme attentionnel soutenu de la semaine dernière (91 livres recensés pour rappel), à moins que je n'aie consacré plus d'attention à mes propres lectures :


OLAFSDOTTIR Le rouge vif de la rhubarbe

Pierre LEMAÎTRE

Un programme Aleph (ateliers d'écriture)

A l'ombre de nos larmes

ROBBINS

NIETZSCHE L'antéchrist

Michael CONNELLY

Suite française (texte anglais)

Critical chain

Virginie DESPENTES King Kong théorie

LEONARD Beyrouth Miami

Jean-Louis ÉTIENNE Nouvelles histoires naturelles

Carson Mc CULLERS La balade du café triste


Un livre de mots croisés (ce qui me fait toujours penser à LEVRERO, encore lui, qui gagnait sa vie et créant des mots croisés pour le journal #postdu24mars) et un guide du Japon (ce qui me fait penser à mon petit frère qui vit au pays du soleil levant et de ses humbles acolytes #maispourquoisiloin).


Laurent GAUDÉ Salina

Les d'jeuns causent concours et impasses dans le programme

Un manga

Un livre tout emmailloté dans un papier à fleurs

Michel BUSSI Un avion sans elle

Hypersensibles

POSTORINO

La périnatalité chez MASSON

Pierre BOURDIEU La domination masculine

Ken FOLLETT L'hiver du monde

L'ancien régime et la Révolution

Hélène de SAINT MARC (sans certitude)

Benoîte GROULT La touche étoile

Le Routard Vietnam


Un homme très sérieux use compulsivement de son stabilo rose pour tout souligner dans son livre Conférence sur l'efficacité. Ça ne s'invente pas !


Un chapitre d'un gros bouquin : Jesse Rosenberg


Un sac qui annonce la couleur : "J'peux pas, j'ai Comédie française"

(Penser à créer un sac : "En attendant Beckett")


L'enfant qui regarde autour d'elle (elle vient de loin pour visiter Paris) et qui ne voit que des gens qui regardent leur portable. Je le note sur mon portable.


Une amie me laisse un message sur lequel elle dit qu'elle va très bien fois 4. C'est possible ça d'aller très très très très bien ?


Je lisais Paul DEBART et non, c'était Faux départ

Romain GARY La promesses de l'aube



Le maître d'oeuvre