L'événement (à Annie Ernaux)

Mis à jour : 22 nov. 2018


C’est la reprise après quelques semaines de vacances et sans métro. Il fait chaud, je trimballe deux sacs et un ordinateur et j’ai rendez-vous avec mes collègues pour la journée de ménage-rangement de nos bureaux.


[…] J’espérais trouver des renseignements pratiques mais les articles ne parlaient que des suites de « l’avortement criminel », et celles-ci ne m’intéressaient pas. (p.40)


Dans un sac : masque du parfait petit chimiste, gants de jardinage, couteaux de peintre, gratton à vaisselle, vêtements de rechange. Dans l’autre, mon fouchtra : trousse, agenda, livres, articles, deux ou trois dossiers qui sont venus en vacances avec moi.


[…] En face d’une carrière brisée, une aiguille à tricoter dans le vagin ne pesait pas lourd. (p.46)


L’une de mes missions du jour : débarrasser le balcon du bureau des merdes de pigeons accumulées depuis des mois Disgusting.


    Maintenant, le « ciel des idées » m’était devenu inaccessible, je me traînais au-dessous avec mon corps embourbé dans la nausée. […] (p.50)


Il fait chaud dehors ; il y a la clim dedans, ce qui est mieux que s’il n’y en avait pas (excepté d’un point de vue écologique) mais il fait frisquet tout de même, etc. ; je me traîne sans envie avec mes deux sacs et mon ordinateur ; j’ai remis le réveil ce matin ; je me console avec la littérature bien qu’il ne s’agisse pas d’un feel good book voire plus si affinités, il s’agit de littérature ; je lis L’événement d’Annie ERNAUX.


    Ni lui ni moi n’avions prononcé le mot avortement une seule fois. C’était une chose qui n’avait pas de place dans le langage. (p.60)


Bien sûr, j’ai trop bu et trop fumé pendant les vacances (ah bon, c’est pas fait pour ça les vacances… ?) et aucune envie d’aller gratter des merdes de pigeons sur un balcon et je lis L’événement. Plongée, plongée. Est-ce que je respire ? Je sens ses mots dans mon corps, mon corps dans ses mots. Il faut s’asseoir.


    (Je suis réduite aux initiales pour désigner celle qui m’apparaît maintenant comme la première des femmes qui se sont relayées auprès de moi, ces passeuses dont le savoir, les gestes et les décisions efficaces m’ont fait traverser, au mieux, cette épreuve. […] ) (p.68)


Je transpire à grosse gouttes, me concentre sur ma respiration, ce qui ne suffit pas. Je n’ai pas interrompu ma lecture pour autant, au point où j’en suis. Et puis ce serait vraiment manquer de courage, ce n’était pas mon corps, non, c’était le sien. J’enlève ma veste. J’avise une passagère à bouteille d’eau. Elle est bien gentille. Je m’arrose le visage, je bois.


   (Il me semble que je me suis mise à faire ce récit pour parvenir à ces images de janvier 64, dans le XVIIe, de la même façon qu’à quinze ans, je vivais pour atteindre une ou deux images de moi à venir : voyageant dans un pays lointain, faisant l’amour. […] ) (p.76)


Je me concentre encore, ça ne suffit toujours pas. J’ai l’impression que je vais me dissoudre et tomber du haut de mon strapontin. J’attrape le bras de l’homme qui se tient debout à côté de moi. « Je me sens pas bien. »


    Je ne sais plus combien de temps cela lui a pris pour enfoncer la sonde. Je pleurais. […] (p.86)


Il me regarde, ne sait pas quoi faire. Un autre s’approche, puis une femme. « Il vaudrait mieux que vous sortiez. » J’acquiesce, « vous pouvez prendre mes affaires ? » Ma tête part vers l’arrière.


    Je suis entrée dans la pharmacie la plus proche, en face du Métropole, pour acheter le médicament du docteur N. C’était une femme : « Vous avez une ordonnance ? On ne peut pas vous le donner sans ordonnance. » Je me tenais au milieu de la pharmacie. Derrière le comptoir, deux ou trois pharmaciens en blouse blanche me regardaient. L’absence d’ordonnance signalait ma culpabilité. […] (p.94-95)


Sur le quai, un peu de sucre, de l’eau à nouveau, de l’air, trois personnes sympas. Je retrouve mon corps. « Ben c’est ma journée » dit l’un, « mon scooter est tombé en panne ce matin, du coup j’ai pris le métro… » On se marre.


    Nous ne savons pas quoi faire du fœtus. O. va chercher dans sa chambre un sac de biscottes vide et je le glisse dedans. […] (p.102)


« Ça va mieux ? Ça vous arrive souvent ? » Je ne réponds pas mais je pense que la dernière fois que ça a dû m’arriver j’avais peut-être dix-sept ans, et je me revois allongée par terre dans ma chambre de bonne au petit matin. « Vous êtes peut-être enceinte. »


    Il s’est assis sur mon lit et il m’a saisi le menton : « Pourquoi as-tu fait ça ? Comment as-tu fait ça, réponds ! » Il me fixait avec des yeux étincelants. Je le suppliais de ne pas me laisser mourir. « Regarde-moi ! Jure-moi que tu ne le feras plus jamais ! » […] (p.104)


Ils sont gênés. « Oh, non ! » j’ai dit. Je n’ai pas pu m’en empêcher. Quelques minutes plus tard, dispersion des troupes après que chacun se soit assuré que oui, « ça va mieux. » Je reste sur le quai à regarder passer encore quelques métros.


[…] Quand il a saisi le sens de mes paroles, il a cessé de bouger, ses yeux dilatés sur moi, sidéré par une scène invisible, en proie à une fascination que je retrouve toujours chez les hommes dans mon souvenir. Il répétait, égaré, « chapeau, ma vieille ! chapeau ! ». (p.121)


Le soir, le balcon du bureau est propre et sur le trajet du retour, je regarde par la fenêtre. Je ne finirai L’événement que quelques semaines plus tard.


L'événement

Annie ERNAUX

Gallimard, 2000

Citations issues de l'édition de poche, folio 3556


Semaine du 20 au 26 août, pour celles et ceux qui pensent que les gens ne lisent pas au mois d'août dans le métro (moi par exemple), une liste contre-exemplaire où l'on croise tout de même James BALDWIN, William SHAKESPEARE, Anaïs NIN, Annie ERNAUX donc et pour finir la semaine en beauté Chimamanda NGOZI ADICHIE avec non pas Americanah, comme la semaine dernière (si si!), mais Autour de ton cou, un recueil de nouvelles drôles, émouvantes et powerful (un peu surfaits comme adjectifs mais je ne suis pas critique littéraire) décrivant le quotidien de femmes nigérianes et que je conseille à tout le monde.


Si'Hot Moussat portes de vie

La conjuration des imbéciles

Narayan démons and others

Baldwin, la prochaine fois le feu

The arden Sheakspeare king Richard

L'intelligence émotionnelle (environ 2000 pages)

James Connolly et le mouvement révolutionnaire irlandais

Tahar Ben Jelloun cette aveuglante absence de lumière

Le pouvoir du moment présent Richart ???

Elena Ferrante l'amie qui...

Maxime Chattam

Ken Follett

Michael Lewis the big short

Sarramago le sourire étrusque

Deux femmes (chez Babel)

Da Vinci code

Un livre asiatique (je dirais coréen à vue de nez, mais pourquoi je dirais ça…?)

Ndaba Mandela

Dos Passos USA

Mary Higgins Clark ma boîte à musique

Dan Brown or....

Dean Koontz l'étrange odd Thomas

Vernon subutex 3

George r r martin

Philippe Grimbert un secret

Ken Follett

Jk Rowling

Anaïs Nin !!!

L'événement Annie Ernaux

Théâtre complet Sophocle

Un amour à l'aube

Marc Lévy la première ???

Henry de Rothschild (comment devenir riche ???) l'impossibilité de l'amour ?

Christophe André

Jo Nesbo

Un petit garçon lit Merlin l'enchanteur

Sa grande soeur Harlan Coben

Art et beauté dans l'esthétique médiévale

Hemingway

Houellebecq soumission

Ngozi Achidie autour de ton cou