Faire une pause (et le regretter)

Mis à jour : 15 sept. 2018


Après une semaine de boulot, je m'assieds en terrasse pour boire une bière histoire de décompresser. C'était sans compter le quartier et l'horaire. Non, parce que tu vois, il suffit de les marketer et c'est bon ! Si t'amènes ton réseau, c'est 10% pour tous les clients. On s'en fout de comment tu les attrapes... Ouarf, ouarf, ouarf. Ces mots s'adressent bien sûr à une jeune femme et ils sont deux hommes à rire de chacune de leurs phrases qu'ils entendent sans culotte. Comment tu les attrapes, ouarf, ouarf. Est-ce qu'elle trouve ça drôle, elle ? Elle essaye de négocier en faisant semblant de rire. Je veux leur dire de la fermer. Je bois ma bière, merde ! Je dis rien. C'est pas parce que le client vient de ton réseau que tu vas faire plus, faut pas rêver. Ouarf, ouarf, ouarf (?). Ils disent tellement de mots que je ne comprends pas que je les ai tous oubliés. Quelle chance de ne pas avoir à partager ce genre de codes et de vocabulaire avec mes collègues. C'est ce que je me dis. Rien ne m'oblige non plus à mettre un costard, ou une jupe et des talons. Tout le monde se fout de ma façon de m'habiller et c'est parfait comme ça. Pas plus tard que le lendemain, autre quartier, autre horaire, je réitère une terrasse en solitaire avant de reprendre le métro. Un groupe de femmes parle de Bruxelles qui est plus ouvert et dynamique que Paris et d'une copine qui est devenue peintre là-bas mais qui a fini par vendre des fringues, etc. Jusqu'ici, je profite de mon temps de procrastination. Quand soudain... invasion du territoire urbain ! Un couple (pas en couple) de jeunes requins viennent, comme par hasard, se coller à moi alors que j'ai rien demandé et qu'il y a de la place ailleurs. Bon passons, ils ont bien le droit ; je n'ai pas encore privatisé le bar. Au départ, je les trouve plutôt mignons dans leur jeunesse. Lui parle à elle en me jetant des coups d’œil – sûrement parce que je ne peux pas m'empêcher de le regarder et de l'écouter tout en essayant de lire. Au départ, je les trouve plutôt mignons dans leur jeunesse. J'aime la jeunesse. Lui parle à elle de ses stages. Il a plein de mots médicaux dans la bouche, comme si d'utiliser tout ce vocable lui attribuait une valeur supplémentaire (ce qui est peut-être le cas finalement). Puis ça se gâte. La pédo (comprendre : exercer le métier de dentiste auprès des enfants), c'est pas rentable. Avant, on pouvait ajouter du vernis fluoré qu'était pas codé, donc on pouvait mettre le prix qu'on voulait même pour une carie. Mais maintenant ça va être codé (comprendre : la sécu en a marre de se faire prendre pour une conne au bénéfice, non pas des patients soit-disant abuseurs, mais des praticiens et des labos. Cf. les médicaments anti-Alzheimer... une vraie réussite). Machinette, elle gagne pas plus de 5000 (la pôôôôvre). Et blablabla j'arrive à lire un peu heureusement. Et puis au moins il ne fait pas de blagues sexistes, c'est déjà ça. Je me marre de Philip Roth rencontrant Roth Philip à Jérusalem, etc. Même si, au fond, ce qui m'intéresse le plus sont les dialogues avec Aharon Appelfeld. Quand soudain... (2ème acte) Machinette (une autre), elle fait les enfants handicapés (« elle fait »!). C'est le bon plan, y'en a pas beaucoup qui le fond (en gros, y'a une niche à marketer ou un truc dans le genre). L'avantage c'est que ce que tu fais normalement en un mois sur 4 séances, là tu le fais en une fois. Y'a pas le choix avec les anesthésies. Du coup, ce que tu factures sur un mois, là c'est en une heure (oui, c'est bon, merci, on avait compris). Je lui ai demandé de faire un stage chez elle mais elle avait déjà eu des demandes. Et puis, je sais pas (eh oui, après, faut se les « faire » les handicapés coco, et même leurs parents avec !). Je me lève et, maintenant que j'y pense, oui c'est depuis ce moment là que j'ai envie de vomir. J'aurais mieux fait de prendre le métro tout de suite, on n'y entend pas autant de conneries. Je pense à mes patients et leur famille qui me demandent souvent des adresses de toubibs ou dentistes « spécialisés » dans le handicap... Et moi qui n'ai toujours pas d'adresses de confiance à leur fournir ; je comprends pourquoi. Je sais, c'est sûr qu'il y en a des bons, mais où se cachent-ils ? J'ai failli dire quelque chose en me levant, un mot sur l'éthique. Mais je n'ai pas trouvé la forme, j'étais trop en colère. L'agressivité, ça ne peut pas être entendu. Et puis quoi, la jeunesse aussi a bien le droit de ne penser qu'au pognon après tout... Amen.

Philip ROTH Opération Shylock Une confession, traduit de l'anglais par Lazare BITOUN. Éditions Gallimard, 1995


Les livres de la semaine du 28 mai au 3 juin, in ze metro toujours :

Kazuo ISHIGURO Auprès de moi toujours

Gaël FAYE Petit pays

Baptiste BAULIEU La ballade de l'enfant gris

Une BD de Batman

The dead band

Abé KOBO La femme des sables

Emile ROUSSEAU Emile, ou, De l'Education

Black out

Benoît SEVERAC Rendez-vous au 10 avril

Isaac ASIMOV Le Cycle des Fondations

Stieg LARSSON Les hommes qui n'aimaient pas les femmes

Nancy HOUSTON

Un livre en VO (chinois a priori...)

Brandon SANDERSON

L'anglais correct

Ernest HEMINGWAY Le vieil homme et la mer

Isaac ASIMOV le retour La Fondation foudroyée impossible de reconnaître le lecteur mais le livre, si, sûr qu'il s'agit du même

Olivier EL KHOURY Surface de réparation

Jean-Pierre COFFE Une vie de Coffe

Une Edition de Minuit trop loin...

Un autre livre en VO, en arabe cette fois selon toute vraisemblance

15 minutes par jour pour apprendre l'allemand

Robin HOBB L'Assassin royal demande une certaine motivation ce pavé, lourd dans le sac

Une langue que je ne peux pas transcrire

Après avoir failli me casser la gueule dans les escaliers en essayant d'attraper des yeux une couverture New York ou le cachalot

Pierre RABHI Manifeste pour la Terre et l'humanisme : Pour une insurrection des consciences

Lisa GARDNER La maison d'à côté

Janett EVANOVITCH

Hugh HOWEY Silo Origines

Stephen KING

Marcelle PADOVANI Les Napolitains

Yves PRIGENT L'expérience dépressive : la parole d'un psychiatre

Isaac ASIMOV décidément ! Mais cette fois c'est sûr, il s'agit d'un autre lecteur.